الأربعاء, 29 تموز/يوليو 2015 10:52

interview avec le journal Albayane

interview avec le journal Albayane

Dans cet entretien avec le journal Al Bayane, Saâd Eddine El Othmani, actuel président du Conseil national du PJD et ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, clarifie certains questions liés au fonctionnement du champ politique, l’alliance gouvernementale, la problématique de la religion et l’Etat… Tous a été débattu, sans ambages ni tergiversations, ni langue de bois. Le président du Conseil national du PJD souligne que son parti prône un référentiel de l’islam dans son acception moderniste qui intègre dans sa vision les exigences et les valeurs des temps modernes en tenant compte des normes scientifiques et pratiques dans la gestion de la chose publique. Pour l’ancien chef de la diplomatie marocaine, la raison recommande de valoriser le débat et laisser libre cours à la liberté d’expression et veiller à ce que tous les acteurs soient impliqués. «Je trouve qu’il est absurde d’imposer une vision ou de demander à la société de procéder de telle sorte ou d’exercer sur elle une certaine tutelle», affirme-t-il en substance

Al Bayane : Votre parti qui est le parti de la justice et du développement(PJD)  se trouve à la tête d’une majorité gouvernementale qui a pris les commandes de l’exécutif depuis 2011. Certains analystes estiment que la participation du PJD à ce gouvernement a diminué en quelque sorte son capital symbolique, si on permet de paraphraser Pierre Bourdieu, partagez-vous cette analyse ?  

Saâd Eddine El Othmani : Il est à souligner que tout acteur politique  en l’occurrence un parti politique qui prend les commandes de la gestion gouvernementale,  se trouve confronté à la réalité de la gestion de la chose publique,  il est  tout-à-fait  normal  que son « capital symbolique » connait relativement  une légère baisse. Il s’agit d’ailleurs d’une règle universelle qui existe pratiquement dans tous les Etats du monde. Au Maroc, ce n’est point aussi facile comme on le croit, surtout pour un parti qui gère la chose publique dans un contexte régional qui connait d’énorme difficultés et accuse beaucoup de retards en matière des réformes et ce sur plusieurs registres. En fait, je suis tout-à-fait compréhensif à l’égard de certaines revendications émanant de quelques catégories sociales qui considèrent que l’action gouvernementale contient quelques défaillances. Cela est tout-à-fait normal et ce serait aberrant, voire un leurre d’affirmer le contraire. Cependant, cette perte de confiance est au plus bas de son niveau. Ainsi, il faut mettre l’accent sur le fait que selon les derniers sondages d’opinion, le gouvernement d’une manière général et le PJD en particulier continue à jouir d’une grande confiance et d’un taux de satisfaction auprès de la population marocaine estimé à 55%. En fait, je pense qu’il s’agit d’un indicateur très fort qui témoigne encore de notre crédibilité auprès des citoyens, et ce après environ trois ans d’exercice gouvernementale, contrairement à d’autres gouvernements des pays voisins.  Je fais allusion dans ce sens et à titre d’exemple  au parti socialiste français ou le parti démocrate américain…

 

Qu’en est-il de l’identité du parti. On a l’impression que le discours politique du PJD a changé et le parti d’avant 2011 n’est plus celui d’aujourd’hui ?

Il faut mettre l’accent sur le fait, Nous sommes un parti politique marocain patriotique, ayant un référentiel islamiste et  acquis aux constantes de la nation et aux causes et intérêts suprêmes de la nation.

Nous sommes fiers de notre référentiel. Or, je dois clarifier quelques ambigüités qui se font autour de notre référentiel  pour éviter tout quiproquo et pour ne pas se laisser sombrer dans des jugements des valeurs infondés. Oui, nous sommes un parti qui puise son référentiel idéologique de la religion musulmane, mais non pas dans le sens étroit du terme.  Ceci étant dit, nous prônons un référentiel   de l’islam dans son acception moderniste qui intègre dans sa vision les exigences et les valeurs des temps modernes en tenant compte des normes scientifiques et pratiques dans la gestion de la chose publique. Il faut reconnaitre que le fait de conjuguer tous  les éléments est une tâche si  compliquée, non pas seulement pour notre parti, mais aussi pour d’autres partis ayant un référentiel religieux, comme c’est le cas pour les partis démocrates de tendance chrétienne en Europe ou Bouddhistes en Inde…  entres autres. Cela requiert un travail de longue haleine et un imaginaire créatif, voire un renouveau permanent en matière des approches destinées à appréhender la réalité.  Autrement dit, c’est un processus de réflexion continue dont la finalité est de se mettre au diapason des évolutions de l’histoire.  Qui plus est, je dois également mentionner que plusieurs partis au Maroc et non pas seulement le PJD intègrent la dimension religieuse dans leurs documents et statuts. Le Maroc est un Etat musulman conformément à la Constitution et guidé par SM le Roi qui est le commandeur des croyants. Je trouve alors qu’il n’y a pas de contradiction.

 

Dans votre réponse vous dites que votre parti jouit d’une grande confiance auprès de la population. Cependant, des citoyens regardent d’un mauvais œil la politique menée par le gouvernement, en l’accusant d’appliquer une politique libérale pur jus…

Je ne suis point d’accord avec cet avis. Pour être plus clair,  le Maroc a déjà adopté il y a plusieurs année une politique libérale en matière de la gestion économique. Il s’agit là d’une orientation de l’Etat marocain. Le PJD ne peut pas prétendre inverser cette tendance.  Nous ne sommes pas contre le libéralisme en matière de gestion économique.  Mais, nous sommes pour un libéralisme plus ajusté et plus équitable et ayant davantage une vocation sociale. Le fondement de la réflexion libérale, c’est le soutien de l’initiative privée et opter pour une économie plus ouverte sur l’environnement  extérieur et renforcer davantage les valeurs de la concurrence loyale.  Tous ces principes là sont contenus dans les documents du parti depuis sa création. Reste à savoir qu’on ne peut pas concrétiser ses principes sans la mise en place des politiques publiques à caractère sociale afin de corriger  les défaillances des politiques libérales pour qu’il n’y aurait pas des effets pervers et des impacts négatifs sur les couches sociales les plus précaires et porter atteinte au pouvoir d’achat de la classe moyenne. Donc, notre parti voit les choses des deux côtés.

Ne s’agit-il pas alors d’une vision utopiste ?

Au contraire. Le gouvernement actuel a pris une batterie de mesures visant à renforcer davantage une tendance plus sociale en matière de la politique économique. Sans sombrer dans un nihilisme quelconque, beaucoup de programmes ont été initiés par les gouvernements précédents.  Et nous sommes fiers de continuer sur la même lancée. Aussi, cette vocation sociale figure sur l’agenda de la plus haute sphère du pouvoir. L’initiative nationale pour le développement humain (INDH), initiée par SM le Roi Mohammed VI et dont le gouvernement est fortement impliquée, constitue un cas d’école pour plusieurs Etats. Il est vrai que de temps à autres, cette initiative doit, de temps à autre, faire l’objet, d’une évaluation pour rectifier le tir et améliorer, mais il faut reconnaitre qu’il s’agit d’une idée inouïe, sans précédent. A cela s’ajoute également d’autres programmes, comme celui de Tayssir, que le gouvernement veille à les développer et les améliorer davantage pour servir le maximaux des besoins de la population.

Pour ne mentionner que quelques exemples, il y a des programmes qui ont été appliqués pour la première fois par ce gouvernement. L’on peut mentionner à ce propos le fonds d’appui de la cohésion sociale pour réduire les inégalités et les disparités, le régime d’assistance médicale (RAMED) qui profite à plus de 8 millions de bénéficiaires. Le nombre d’étudiants boursiers a augmenté de 80% en quatre ans. An niveau de la santé il y a eu une diminution des prix d’environ 2000 médicaments, allégeant ainsi la facture des ménages en matière de santé.

 D’autres programmes sont l’œuvre du gouvernement lui même, à commencer par l’indemnité pour perte d’emploi (IPE), et l’aide octoyée aux veuves en situation de précarité en fonction du nombre d’enfants à charge.

 D’une manière général, le bilan du gouvernement est largement positif, vu le nombre des mesures et des décisions prises au profit des classes défavorisées.

 

Est-est vrai que le PJD ait été propulsé aux commandes du pouvoir, juste pour endiguer le mouvement  20 février ?

Ce serait un honneur pour nous de contribuer à la stabilité du pays. Mais en vérité, l’ensemble des composantes de la société marocaine, à commencer par le mouvement 20 février, passant par les partis politiques, sans omettre les autres forces de la société civile, les syndicats, etc… tous, chacun de son prisme, ont marqué l’histoire du royaume en contribuant à poser les jalons de l’avenir. Et la direction sage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI a fédéré toutes ces forces dans l’interet du pays. Il s’agit ainsi d’une action collective qui émane de la volonté du « vouloir vivre ensemble ». Tout analyste averti, doté du sens de l’objectivité, et qui préfère s’adonner à l’exercice de l’évaluation, ne peut pas infirmer le fait que l’après 2011, soit l’étape actuelle est bien meilleure que celle de l’avant 2011. Au moins, nous disposons d’un document constitutionnel très avancé par rapport aux anciennes Constitutions. Et il n’en demeure pas moins que ce texte contient plusieurs articles d’une importance cruciale, consacrant les principes de la démocratie, des droits de l’homme, les libertés individuelles, l’identité plurielle…Le PJD est un acteur parmi d’autres qui ont participé à cette dynamique. En plus, ce sont les élections qui ont placé le PJD à la tête des partis politiques… et nous ambitionnons de continuer d’être dotés de la confiance du peuple.

S’agissant du gouvernement actuel composé par quatre partis politiques de tendances différentes, peut-on parler alors d’une alliance hybride ?

 Le fait de dire qu’il s’agit d’une alliance hybride est un non-sens. Je dirais qu’il y a des différences entre les composantes de la majorité. Cela est vrai et logique.

 D’ailleurs, on ne s’est pas allié pour composer un seul parti. Notre alliance est basée sur un programme de travail dans le cadre d’un gouvernement pour assumer notre rôle et notre devoir dans cette étape de l’histoire du Maroc dans un total respect réciproque. Dans ce sens, je dois dire que cette diversité des référentiels des partis composant la majorité est également notre point fort et constitue la preuve que le champ politique fonctionne dans les normes. Cela témoigne de la maturité des acteurs politiques.  On est donc devant un champ politique qui devient de plus en plus rationnel et où les règles du jeu politique sont plus ou moins transparentes.  Les alliances politiques sont une monnaie courante dans tous les pays, même les plus ancrés dans la démocratie. Un parti politique quelconque qui n’arrive pas à obtenir la majorité, est dans l’obligation de tisser des alliances. L’alliance requiert la clairvoyance et le courage en dépit des nos différences en matière d’idéologie et nos programmes politiques ou nos parcours historiques distincts. D’ailleurs, cette alliance ne constitue nullement une première dans l’histoire politique moderne. Il y avait auparavant d’autres gouvernements contenant des partis ayant chacun son propre référentiel. Je fais allusion dans ce sens au gouvernement d’Alternance d’Abderrahmane El Youssoufi, composé de huit partis politiques.

Nous vous estimez-vous pas que cela affaiblit le travail gouvernemental ?

Cela est relativement vrai. Mais, si il y a une forte volonté politique auprès de tous les acteurs, le sens du dialogue, l’échange et le débat responsable dans le dessein d’élaborer des programmes communs pratiques dont la finalité est de servir le citoyens, un tel handicap est facile à surpasser. Il ne faut pas aussi sombrer dans une démarche nihiliste. La majorité ne peut pas être créée à partir du néant. C’est le résultat des acteurs régissant le champ politique. Loin de tout surenchère, Il ne faut pas omettre que ce gouvernement est le reflet de la volonté des urnes…. C’est le sens meme de la démocratie. Il faut donc saluer les partis de la majorité pour le sens de collaboration, et qui ont su surpasser toutes leurs différences pour poursuivre le processus des réformes et servir les intérêts suprêmes du pays.

 Envisageons un jour une alliance entre le PJD et le PAM ?

Pour le moment, le PJD n’envisage nullement un tel cas de figure.

Dans son livre, « Le commandeur des croyants : la monarchie marocaine et son élite », le politologue américain John  Waterbury parle de l’identité situationnelle. C’est-à-dire que le comportement politique des acteurs et leurs positions  sont  déterminés par la logique situationnelle s. La où la situation change, le comportement change. … Ce constat est-il  toujours d’actualité ?

Primo, Je pense qu’il s’agit d’une analyse obsolète. Les temps ont beaucoup changé et le Maroc a beaucoup évolué. 

 Secundo, quand on observe le champ politique actuel, le parti de l’Istiqlal qui était déjà membre au gouvernement a décidé pour des raisons quelconques de se retirer de sa propre volonté en devenant l’un des adversaires jurés à l’Exécutif. Je pense que ces analyses sont devenues surannées. Vous parlez de l’identité situationnelle. Alors aujourd’hui, si on évoque le cas du parti socialiste français, ce dernier gouverne sur la base d’un programme gouvernemental encore plus libéral que les libéraux eux-mêmes. Vraisemblablement, Waterbury écrivait à un moment où l’idéologie avait une grande place dans la société. Aujourd’hui, c’est la fin de l’idéologie et des visions dogmatiques, les références sont désormais des principes larges, des valeurs et des directives peu contraignantes. Les politiques publiques sont devenues plus pragmatiques. L’action politique se mesure par son efficacité et sa pertinence et devrait placer le citoyen au cœur de sa stratégie. L’intégration économique et la justice sociale et l’égalisation des conditions sont la pierre angulaire de la citoyenneté. 

 

Vous voulez dire que l’idéologie n’a pas de place dans les programmes économiques ?

La réalité devient de plus en plus complexe.  L’idéologie en tant que système de représentations et en tant que cadre conceptuel ne devait point être pensée en tant que système fermé. La priorité de tout gouvernement doit être accordée à des programmes visant l’amélioration du niveau de vie des citoyens, la mise en place des stratégies pragmatiques ayant pour objectif le développement économique et technologique du pays. Il est temps de se départir des idées reçus et fragiles, déconnectées de l’ère du temps. Cela veut dire que le décideur politique est dans l’obligation de mettre en place des objectifs clairs, spécifiques et réalisables dans le temps et inscrire son action dans une démarche interactive.  Regardons de près ce qui se passe en Europe ou en Amérique. Le souci des Etats est celui de trouver des solutions pour faire fi de la crise économique et assurer les équilibres macro-économiques afin de permettre à l’appareil étatique son capacité d’intervention que ce soit au niveau économique ou social. Je pense qu’au Maroc on est sur le bon chemin et qu’il y a une orientation claire pour propulser le pays aux rangs des Etats émergeants nonobstant un environnement régional assez tendu. Argument à l’appui, l’accord signé récemment à la ville de Kenitra avec PSA Peugeot -Citroën sous le patronage de SM le Roi indique qu’il y a tendance claire au niveau de la politique économique pour faire du Maroc un pôle industriel plus attractif.

 

S’agissant de l’opposition, cette dernière accuse le Chef du gouvernement de ne pas assumer ses responsabilités ?

C’est du méli-mélo. L’opposition doit apporter la preuve et non pas de lancer des propos en l’air. Le Chef de l’exécutif assume ses responsabilités conformément à la Constitution et dans le respect des lois en vigueur. Dites nous exactement ou est le défaut ?

Au lieu de saper l’action gouvernementale, l’opposition devrait avancer des critiques objectives, proposer des solutions, départir des visions étroites et inscrire sa démarche dans une approche constructive et se positionner en tant que partenaire dans l’élaboration des politiques publiques.  

 

Mais à regarder le champ audiovisuel, on constate que le chef du département de tutelle se trouve incapable de prendre des décisions. Estimez vous que c’est normal que le ministre de la communication au lieu de prendre des décisions,  recourt à  Twitter ou facebbok  pour  protester, comme c’était le cas dans l’affaire dite Lopez ?

D´abord Mustapha El Khalfi Il a exprimé sa position, ce qui est légitime, en attendant que les institutions compétentes prennent positions.  Le champ télévisuel public est tributaire des constantes juridiques et institutionnelles tels la HACA, le seul organe compétent chargé de réguler ce champ. D’autant plus, le ministre ne peut point imposer un programme sur la télévision. Outre les lois relatives à la gestion du champ télévisuel, ce dernier jouit de sa propre autonomie. Ce faisant, la décision du gouvernement de saisir la HACA devrait être interprété positivement. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’Exécutif a agi avec clairvoyance et qu’il y a des processus à respecter et que la démocratie et l’Etat de droit priment sur toute autre considération.

 

Comment jugez-vous le débat qui traverse  de la société marocaine sur plusieurs sujets relevant ayant parfois un caractère éthique : affaire Lopez,  homosexualité, libertés individuelles …?

Le débat dans tout les cas est positif pour l’épanouissement de la société. On ne peut pas avancer sans débat et sans échanges d’idées. Il faut plutôt valoriser le débat et laisser libre cours à la liberté d’expression et veiller à ce que tous les acteurs soient impliqués. Je trouve que c’est absurde d’imposer une vision ou de demander à la société de procéder de telle sorte ou d’exercer sur elle une certaine tutelle. D’autant plus, la Constitution a consacré plusieurs articles qui disposent de la nécessité de la préservation des libertés individuelles et Collectives. Il faut dire que nous sommes dans une période de transition, et la conciliation entre notre référence religieux et culturel et la modernité va rester longtemps au cœur du débat sociétal. Et nous devons assumer cette responsabilité avec courage.

Néanmoins, le débat ayant  eu lieu récemment sur l’affaire Lopez,  certains considèrent que ce débat est important car il est lié à l’identité du peuple marocain, d’autres jugent qu’on a amplifié cette affaire et qu’on a passé au second plan les véritables problématiques  et les questions urgentes nécessitant  une réponse et des solutions immédiates, tel l’enseignement…

 

Dans une table ronde sur la transition démocratique : le cas du Maroc, vous avez déclaré que chaque réforme se heurte à des résistances de certaines forces qui essaient de préserver leurs intérêts.  Cela signifie donc qu’il y des facteurs de blocages ?

Il est absurde pour toute force politique qu’elle soit d’envisager que la réforme serait facile et sans embûche. Cela relève de l’utopisme et d’un manque de vision. Chaque réforme porte atteinte aux intérêts des autre forces qui bénéficiait d’une situation donnée.

 Il est tout-à-fait logique que ces forces affichent une certaine résistance. Pour rappel, le moment ou le ministre de l’équipement a publié la liste des gens qui bénéficient des agréments de transports, beaucoup ont manifesté leur refus. Chaque mouvement de réforme même partielle, il y en ceux qui s’acharnent à défendre le statue quo. Si on prend les élections de Moulay Yaâcoub annulé à trois reprises par le Conseil constitutionnel cela signifie Quoi ? Cela signifie qu’il y en a ceux qui font fi de l’intégrité et de la transparence et font les mains et les pieds pour contourner la loi par l’achat des voix. La loi à elle seule n’est pas suffisante.  On ne change pas une société par décret comme dit l’adage. Le changement ne se fait pas d’une simple décision. D’où la nécessité de procéder par une démarche globale et progressive. 

Existe-t-il donc un remède efficace pour mener les réformes qui s’imposent ?

Améliorer les lois, certes est important, mais le changement est avant tout un processus d’apprentissage, requérant  la contribution de toute la société,  la sensibilisation et la vulgarisation des valeurs de la citoyenneté et ce on procédant par une approche progressive.  Le fait d’être conscient des difficultés de la réforme et de la complexité de la situation doit être le moteur qui devrait nous inspirer plus d’énergie et  plus de dynamique afin de ne pas abdiquer devant les entraves  et mettre les clés sous le paillasson. Ceux qui s’érigent contre la réforme ont pour objectifs de pousser les gens à déserter le terrain en faveur des corrupteurs ...Le changement est combat quotidien nécessitant persévérance et détermination… c’est d’ailleurs le cas dans tous les Etats du monde.

Dans votre livre « La religion et la politique : distinction et non séparation», vous laissez entendre que la problématique de la réforme dans le monde arabe requiert une réflexion minutieuse sur les aspects méthodologiques et de connaissances?

 

Le livre ambitionne de corriger les défaillances relatives à ce que j’ai désigné par « la raison musulmane ». C’est une réflexion sur la dichotomie entre la religion et la politique et entre le temporel et le spirituel en liaison avec la problématique de la réforme.  En fait, la rédaction de ce livre m’a été beaucoup inspiré par l’Imam Al Qarafi Chihab Eddine, qui est d’ailleurs un savant Mallikite d’originaire marocaine, qui a vécu en Egypte et qui s’est interrogé, pour sa part, à l’instar des autres Oulémas sur les finalités de la religion. Ses contributions à la jurisprudence islamique et à l’interprétation des textes religieux (herméneutique) constituent une innovation majeure dans la pensée musulmane, surtout dans son étude approfondie sur les actes du prophète et sa vie dans ses différentes facettes. En résumé, Al Qarafi a mis une nette distinction entre les actes du prophète dicté par la révélation et ceux en tant qu’Imam ou chef d’état et en tant que Magistrat… Donc à chaque situation, notre prophète adopte le comportement approprié. Je souligne dans ce sens que des cas qui relèvent des vécus quotidiens de la communauté musulmane ont fait l’objet de consultation et d’échange d’idées et ne sont pas des règles religieuses contraignantes. 

 En termes plus clairs, mon livre constitue une réponse à deux visions, voire deux paradigmes qui sont aux antipodes, l’un à l’autre. Le premier consiste d’écarter la religion de l’espace publique et la cantonner catégoriquement dans la sphère privée. Ce qui a débouché sur une laïcité radicale. Cette vision a vu le jour avec la révolution française et avait des échos dans le monde musulman. Mais, en réalité, cette laïcité verse dans l’extrémisme. L’autre vision intègre complètement la religion de la politique. On est là aussi devant une vision figé et étroite de la religion. Il faut corriger ces visions et opter pour une approche modérée en établissant une sorte de passerelle entre les deux sphères.

Comment analysez-vous la situation des partis dites islamistes dans le monde islamique  dont leurs projets semblaient  voués à l’échec à l’exception de la Turquie ?

Il faut qu’on soit clair. L’échec d’un parti ou d’un autre, c’est l’échec de tous un pays. Si ces Etats n’arrivent pas à entamer une transition vers la démocratie, c’est le pays tout entier qui est le perdant.  Aussi, je dois souligner que la Turquie doit, avant tout, son développement économique aux réformes qui ont posé au début du siecle dernier les jalons d’un Etat moderne, en  mettant en place des structures participatives tout en s’adaptant aux exigences  de la modernité.  En fait, l’équation est simple: la démocratie demeure la clé de voûte de la réussite de tout système. Sans démocratie, on ne peut point parler de construction d’un Etat moderne

 

Le Maroc va connaitre bientôt l’organisation de plusieurs élections. Quels messages voulez-vous adresser aux jeunes?

Je dis aux jeunes marocains que nous devons être fiers de notre marocanité. Il faut mettre à l’esprit que Le Maroc passe par une situation un peu difficile vu un contexte régional marqué par des tensions : instabilité politique dans plusieurs Etats arabes, crise dans le sahel et sahara, difficulté économique chez nos voisins du le nord. Nonobstant ces entraves structurelles dues à la « dictature de la géographie » le Royaume a réussi à faire fi de tous ces obstacles.  Contrairement à plusieurs Etats, le Maroc jouit d’une stabilité politique en entamant des réformes en douceur. A cela s’ajoute un taux de croissance honorable malgré qu’il est insuffisant. Certes des défaillances existent ici et là, mais il faut valoriser ces succès et voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide et cultiver l’optimisme. Ainsi, la raison recommande qu’ils doivent s’inviter aux débats publiques et s’impliquer dans la vie politique afin de faire entendre leurs voix et étaler leurs visions en vue d’un lendemain meilleur. 

interview en format pdf 

 

 * publié au journal Marocain Al Bayane